Blue Mauritius d’Emmanuel Richon


Blue Mauritius

Blue Mauritius d’Emmanuel Richon est un ouvrage original autour des timbres dont l’auteur a fait le pari fou d’en faire un roman. Le synopsis m’a fortement inspiré dans le choix de cette lecture et en même temps c’était l’occasion de découvrir un nouvel univers celui de la philatélie et son histoire.

Ce roman a la particularité d’être rédigé chronologiquement, chaque chapitre correspond à une année mais aussi d’avoir un narrateur Friedrich Kosack, héros de bout en bout du récit qui va tenir longuement la plume durant des décennies pour nous parler de sa vie mais surtout des timbres. Ces marqueurs temporel et physique permettent aux lecteurs de se rappeler à chaque page tournée qu’ils sont bien dans un roman et non dans un précis sur ces fameux petits bouts de papier. Oui oui, suivant les passages, le doute pourrait être permis vu le degré de précisions sur l’Histoire des timbres, leur univers, les aspects techniques…Mais ce fil rouge du roman nous tient en haleine et nous rappelle que les timbres voudraient devenir un personnage à part entière mais ne le sont pas tout à fait malgré tout.

Ainsi, le lecteur découvre la vie de Friedrich Kosack, héros encore très jeune au début de l’ouvrage, encore dans l’ignorance de certaines de ses origines, proche de ses deux parents dont il a une passion commune et dévorante avec son père et leurs amis proches : la philatélie. Son père travaille au sein d’un musée du timbre, c’est l’occasion de découvrir le Blue Mauritius et autres timbres mauriciens. C’est précisément autour des pérégrinations du Blue Mauritius en parallèle de celle de Friedrich que le récit se déroule. Une manière de redécouvrir l’Histoire notamment avec la Seconde Guerre Mondiale, de faire connaissance avec une famille et les leçons de vie qui peuvent en ressortir avec les bouleversements qu’a connus le siècle dernier…

A la frontière entre roman de vie, roman historique, beau livre, il est parfois facile de s’y perdre voire de se demander dans quel genre devons-nous classer cet ouvrage ? Parfois, ce doute sur ce que le lecteur en attendrait pourrait lui faire défaut. Ainsi, je n’attendais pas des passages très précis et aussi longs sur les timbres, à la limite de l’oubli du propos initial et de l’indication « roman » sur la couverture. Honnêtement, quelques pages ou quelques lignes m’ont parue lourdes, des citations sans fin de noms propres, de lieux m’ont parfois fait sauter quelques lignes car je n’y voyais pas un grand intérêt pour la compréhension de l’intrigue. Le rythme peut paraître par instant décousu avec cette profusion de détails. En tant que lectrice, cet apport prolifique de l’auteur qui semble vénérer son sujet m’a semblé entacher la connaissance avec Friedrich. Durant une bonne partie de l’ouvrage, il reste surtout un personnage narrant sa passion autour des timbres en oubliant le reste. On le connait très peu mais heureusement il y a eu ce sursaut avec la Seconde Guerre Mondiale qui a changé le quotidien de notre protagoniste et nous a enfin permis de densifier le récit.

En conclusion, j’ai apprécié ma lecture même si je l’aurais préféré avec un peu moins de lourdeur mais peut-être est-ce l’habitude pour l’auteur de rédiger des essais. Néanmoins, Emmanuel Richon a su se rattraper en agrémentant son récit de faits historiques qui ont su en faire un roman plus dépaysant et intriguant.

 

  • Maison d’édition : Editions Sépia
  • Nombre de pages : 206 pages 
  • 4ème de couverture : Entièrement construit autour des timbres, ce roman transmet une passion pour ceux-ci et un univers particulier, celui des collectionneurs. Mais cette ambiance d’apparence si paisible devient vite le prétexte narratif à la description ni plus ni moins que de toute l’histoire de l’Allemagne du XXe siècle. Le pari semble insensé, mais ô combien audacieux, de pouvoir faire tenir toute l’histoire d’un pays dans une surface aussi petite qu’à peine 1 cm2.

2 réflexions sur “Blue Mauritius d’Emmanuel Richon

  1. Je trouve que c’est assez juste et équitable comme critique. Comme il ne s’agit que de mon second roman et qu’il s’inscrit dans la réalité historique du 20e siècle, ce n’était effectivement pas si facile de me dépêtrer de cette réalité. C’était pour moi, juste le pari de retracer toute l’Histoire de l’Allemagne du 20e siècle uniquement à travers le prisme de deux timbres mauriciens. On y retrouve Hitler, Göring et autres nazis dans leur folie, mais uniquement par le biais de ces deux timbres de 2cm2… Déplacer le curseur de l’Histoire vers une impossible narration philatélique avait quelque chose de proprement dérisoire, mais justement, l’idée était de montrer cette folie collective du totalitarisme qui se veut omniprésent, jusqu’à vouloir toucher au destin de deux malheureux timbres.

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  2. Pari historique très bien réussi M. Richon 🙂 et merci d’avoir apporté toutes précisions notamment sur cette folie collective du totalitarisme que je n’avais pas réussi à expliciter dans ma chronique.

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