Pointe-Noire, Mordue de Florence Cabre


Pointe-Noire, Mordue

Pointe-Noire, Mordue de Florence Cabre est le nouveau roman écrit par cette auteure paru en décembre 2018. Ce livre promet un univers plus mature que la trilogie Iris Chevalier, dans un genre fantastique et surtout dans un lieu que je souhaitais découvrir dans ce registre: la Guadeloupe. C’est le combo fantastique et Guadeloupe qui m’ont clairement incité à découvrir Mordue, c’était trop original pour passer à côté.

Kasandra Lovim, une jeune lycéenne élevée par sa grand-mère en Guadeloupe fait un malaise à son domicile tôt le matin, elle souffre de douleurs très violentes… Sa parente vient à son aide et la soulage étonnamment assez vite. Que se passe-t-il ? Est-ce grave ? Et quel(s) don(s) détient cette grand-mère ? A peine la lecture d’un chapitre que le lecteur a déjà des tonnes de questions.

Ce premier fait ne paraît pas anodin et surtout pas rationnel du tout dans un premier temps. Comment une jeune fille tordue de douleurs se relève-t-elle aussi vite d’un épisode si douloureux et se rend au lycée en suivant sans problème ? Très bonne question. Cette interrogation ne va pas être la seule d’autres vont suivre jusqu’à ce qu’il ne reste plus réellement de doute pour les lecteurs, seulement pour Kasandra qui au cœur de sa transformation étonnante, inimaginable est loin de se douter de ce qui se passe. Florence Cabre prend le temps de poser un à un les symptômes tout en nous faisant découvrir la vie d’une lycéenne dans un établissement guadeloupéen. C’est une entrée aux portes des superstitions de ce pays, de son langage, des comportements de ses habitants notamment avec le « tchip » qui m’a beaucoup amusé avec lequel les personnages marquent leur mécontentement.

Avec Mordue, j’ai été ravie de découvrir une série plus mature avec une héroïne plus âgée que dans Iris Chevalier, malheureusement, j’ai moins accroché dans l’immédiat avec Kasandra qu’avec Iris. Tout simplement car j’ai trouvé Kasandra assez peu communicative sinon pour marquer sa désapprobation et ne l’ayant pas observé dans des conditions plus adéquates, difficile de dire si elle peut paraître amicale et attirer l’attention. Sa meilleure amie Olympe m’a beaucoup plus convaincue avec son côté pétillant, sa bonne humeur, son originalité. Madou, la grand-mère a pris peu de place dans ce livre ce que je regrette un peu car cette femme me semble attachante, pleine de bonnes attentions pour ses proches et surtout très intelligente et astucieuse. Quant aux hommes, Damien Beaulieu, l’enseignant m’a paru antipathique et désagréable bien trop souvent, Léonard, quant à lui, est très énigmatique. Bref, je suppose que les hommes n’étaient pas censés avoir le beau rôle du moins durant une grande partie de ce récit. D’une manière générale, dans cet ouvrage court, les événements n’ont rien rendu simples pour rendre les protagonistes attachants.

La construction de l’intrigue m’a aussi légèrement questionnée sur ses aspects fantastiques et son réalisme notamment au travers du quotidien de Kasandra qui m’a semblé très peu impactée par sa transformation. Elle continue à aller au lycée, elle a bien des malaises passagers mais qui restent bizarrement assez anodins pour ne pas l’empêcher d’aller suivre sa scolarité ou du moins lui donner l’idée de rester chez elle… Je me serais attendue à un mythe du vampire un peu plus revisité avec les accents guadeloupéens qui auraient pu se révéler possible au vu du contexte mais là je suppose que mon imagination s’est un peu emballée avec ce désir. J’ai à contrario plus été envoûtée par les liaisons de l’histoire de l’héroïne avec son passé, les réminiscences de la vie antérieure de Kasandra a été réellement le fil rouge pour me tenir en haleine même si finalement une question demeure sur les pouvoirs d’origine de la demoiselle et leur évolution avec sa transmutation.

En conclusion, Pointe-Noire, Mordue est un ouvrage s’adressant de prime abord à un public plus âgé que dans Iris Chevalier, victoire réussie, la cible des premiers lecteurs de Florence Cabre a de nouveau quoi lire à ce jour. L’envolée en Guadeloupe dans un univers fantastique au côté de Kasandra a été une aventure intéressante mais m’a de temps en temps laissé sur ma faim ou questionné sur sa construction. Les personnages ont légèrement manqué de détails mais un livre court ne permet pas toujours d’en faire plus. Mon seul souhait serait de voir une suite à cet ouvrage afin d’avoir ma réponse à ma question concernant les pouvoirs d’origine de Kasandra et son évolution depuis sa transmutation notamment et pourquoi pas découvrir les protagonistes dans un contexte différent.


Sur Calameo, vous trouverez le dossier presse et sur Youtube, la bande-annonce.

  • Maison d’édition : Editions Librinova
  • Nombre de pages : 198 pages
  • 4ème de couverture : Kasandra Lovim est élevée par sa grand-mère, Anne Coussou, une quimboiseuse excentrique, à Pointe-Noire en Guadeloupe. La jeune fille qui a presque dix-huit ans se réveille un matin, paralysée dans d’effroyables douleurs. Anne s’affole lorsqu’elle s’aperçoit que la marque en forme de lune sur son cou a viré au rouge cramoisi. Kasandra est en train de transmuter ! Quels mystères et dangers se cachent derrière cette transformation ? Elle n’ose en parler à ses amis lorsqu’elle rencontre Léonard Savage, un nouvel élève du lycée, dont la beauté fascinante et inquiétante la trouble au point de lui provoquer des étourdissements. Elle s’imagine, alors, vivant à ses côtés dans une autre réalité, un autre siècle. Entre ses rêves étrangement tangibles et ses nouvelles aptitudes, Kasandra devra affronter ses propres démons pour découvrir sa vraie nature.
Publicités

Les ombres d’Esver de Katia Lanero Zamora


Les Ombres d’Esver est le dernier roman fantastique de Katia Lanero Zamora paru aux Editions ActuSF. C’est une première découverte de l’auteure et une de mes rares lectures fantastiques de l’année. L’ambiance « historique » précisée dans le synopsis a été l’une des raisons du choix de cette lecture et je n’ai aucun regret d’avoir sauté le pas.

Les Ombres d’Esver est un roman étonnant aux accents oniriques dès les premières pages. Forcément, l’héroïne Amaryllis apparaît comme une jeune fille aux nuits agitées, encombrées de cauchemars. La nuit dans cette histoire prend déjà toute son importance, c’est le moment de la journée qui semble clé, attendu et redouté à la fois. D’un regard extérieur, ces rêves quoique bien décrits sont étranges. Pourquoi Amaryllis vit-elle des moments pareils chaque fois que le sommeil l’emporte ? Pourquoi a-t-elle besoin de ce fameux élixir ? A la découverte du quotidien de ces deux recluses au fin fond d’un manoir Amaryllis et sa mère Gersande intriguent déjà leurs lecteurs avec leurs activités orientées autour de la botanique, le comportement de la jeune fille de 16 ans… Mais que se passe-t-il donc dans cette maison ? Et pour combien de temps encore cela va-t-il durer ? Amaryllis va-t-elle entrer à l’école de botanique ou finir mariée ?

Vous ne serez pas au bout de vos peines si vous tenez cet ouvrage entre vos mains. Le récit peut paraître très embrouillé lors des premiers chapitres, à l’image de ces rêves indescriptibles, de la mémoire défaillante de l’héroïne sur son enfance. Mais ne prenez pas peur, prenez votre courage à deux mains et tournez les pages! Partez au cœur des aventures d’Amaryllis en sa compagnie ! Le rythme avec un peu de patience vous prendra rapidement d’assaut, de découvertes en découvertes tout finira par être compris. L’intrigue est stupéfiante, poignante car le lecteur découvre en même temps que notre jeune héroïne re-découvre certains pans de sa vie mais aussi ceux de sa mère. Rien est facilement acquis, les personnages sont assez froids du moins au début notamment Gersande – qui je ne le cacherais pas m’a hérissé à plus d’une reprise avec le comportement qu’elle a à l’égard de sa fille- mais il y en a d’autres… Finalement, ce roman en deviendrait presque sombre avec ces différents mystères familiaux dans une ambiance assez désolée.

Les sentiments, les émotions face à tant de froideur se développent et s’épanouissent de plus en plus au fil des pages. J’ai eu la gorge nouée à plus d’une reprise tout en étant surprise par l’ampleur de cette intrigue, les proportions prises par cette histoire. Effarant serait le mot !!!

L’enfance, le merveilleux sont des thèmes récurrents et formidablement agencés. Les personnages sont suffisamment étayés même si les caractères et personnalités peuvent être particulières, froides, éteintes. Heureusement Amaryllis à l’aube de sa vie, s’éveille un petit peu, se rebelle aussi et apporte de jolis accents de révolution dans ce manoir déserté. Gersande quant à elle reste prostrée énormément sur elle et il est presque dommage de découvrir à la toute fin les raisons. Certains personnages se font échos entre rêve et réalité, j’ai eu des coups de coeur pour ces parallèles.

Les Ombres d’Esver est un ouvrage poignant sur une mystérieuse histoire de famille qui a pris une ampleur folle au fil des années dans un univers sombre, un peu gothique. A mi-chemin entre le conte onirique et une histoire de vie plus « réaliste » que nature. Riche en émotions, il est impossible de rester impassible même s’il est possible que l’immersion au cœur de ses pages ne soit pas évidente dans un premier temps. Il faudra prendre le temps de démêler ce beau fouilli d’évènements, d’actions, de descriptions mais une fois l’écheveau démêlée, la magie se crée…

  • Maison d’édition : Editions ActuSF
  • Nombre de pages : 261 pages
  • 4ème de couverture : Tous les espoirs d’avenir comme botaniste d’Amaryllis, 16 ans, s’effondrent quand parvient au manoir, où elle vit seule avec sa mère, la lettre de son père annonçant la vente du domaine d’Esver et le mariage qu’il a engagé entre sa fille et un de ses associés.

Les prières de sang de Jean-Marc Dhainaut


Les prières de sang de Jean-Marc Dhainaut

Les Prières de Sang est le dernier roman paru cet été de Jean-Marc Dhainaut, auteur que j’avais découvert avec La Maison bleu horizon relatant une première enquête du héros récurrent de ces deux ouvrages, Alan Lambin. J’avais passé un bon moment avec cette première lecture, c’est tout naturellement que j’ai lu entretemps la nouvelle intitulée, Alan Lambin et le fantôme au crayon, un texte encore très bien écrit. Forcément, j’ai sauté le pas pour découvrir cette nouvelle enquête d’Alan Lambin.

Toujours sous fond d’une intrigue paranormale à consonnance historique, Alan Lambin, accompagné cette fois-ci de son assistante viennent en aide à une future maman qui vit des choses étranges au cœur de sa maison. Ce duo, pleins de ressources, va multiplier les recherches, s’acharner à trouver une solution à ce mystère bien étrange qui semble trouver ses sources une fois encore dans le passé. Cela fait écho au premier livre même si cette fois-ci, l’époque choisie par l’auteur n’est plus celle de la Première Guerre Mondiale mais le Moyen-Age. Jean-Marc Dhainaut se renouvelle ainsi en agençant différemment son intrigue même s’il conserve son style bien à lui qui se laisse apprécier. Ainsi, le lecteur découvre un nouveau protagoniste important, Mina, l’assistante dont le nom avait été évoqué déjà plusieurs fois par le passé mais dont nous n’avions pas fait véritablement la connaissance. Cette présence féminine est dépaysante, apporte un peu de la fraîcheur au récit avec une vraie synergie avec ce duo Mina/Alan qui se complète très bien.

Les Prières de Sang est une lecture agréable, enrichissante car l’auteur apporte une foule de connaissances qu’il développe allègrement tout au long de l’intrigue notamment avec le contexte historique.

Cependant, ayant déjà lu plusieurs ouvrages, j’avais fini par apprécier de frissonner réellement par ces faits inexplicables dont à chaque fois Alan s’attache à chercher les causes rationnelles avant toute chose. Pour cette fois, le paranormal est apparu avec des faits beaucoup plus violents, en soit cela m’a déjà moins attirée mais qui plus est Alan a été très retors à plus d’une reprise pour comprendre qu’il n’y avait aucune rationalité dedans. Cela m’a paru à plus d’une reprise peu crédible même si la présence de Mina salvatrice a bien aidé pour ouvrir les yeux de notre héros. En ce sens, les sensations n’ont pas été les mêmes que dans le premier opus où je peux le dire, j’avais vraiment eu peur. Ici, je me suis sentie bridée par ce héros qui se bat pour trouver d’autres causes pour se raisonner.

En conclusion, j’aime toujours autant l’agencement des romans de Jean-Marc Dhainaut avec un contexte historique en fond d’intrigue, un lieu différent, les enquêtes paranormales même si pour cette fois, j’ai été moins prise par les sensations qu’auraient pu me faire vivre ce roman. Beaucoup plus ancré sur la violence, moins sur la psychologie, il n’a pas su me convaincre autant que La maison bleu horizon. Si j’ai apprécié ma lecture cette fois-ci, cela restera essentiellement pour tout le travail de recherches de l’auteur notamment sur la période historique ciblée et le personnage de Mina qui ont su renouveler plus que largement cette nouvelle enquête.

Merci aux Editions Taurnada, pour leur confiance une fois de plus.

  • Maison d’édition : Editions Taurnada
  • Nombre de pages : 218 pages
  • 4ème de couverture : Alan Lambin, spécialiste en paranormal, est appelé à enquêter dans un vieux monastère ayant accueilli autrefois quatre templiers en fuite. Depuis, ses murs semblent dissimuler un lourd secret solidement gardé par des âmes hostiles. Les parchemins ne mentent pas, ni ces cris que chacun peut entendre la nuit dans les sombres couloirs du monastère. Et dire que tout a commencé parce qu’une étudiante a acheté un jour une armoire ayant appartenu aux moines. Une armoire qui n’avait pas perdu la mémoire…

La maison bleu horizon de Jean-Marc Dhainaut


La maison bleu horizon de Jean-Marc Dhainaut

Tout d’abord, je remercie les éditions Taurnada pour leur confiance renouvelée en me proposant un nouvel ouvrage à chroniquer avec La Maison bleu horizon de Jean-Marc Dhainaut.

La Maison bleu horizon m’a fait sortir des sentiers battus puisque je lis très rarement des ouvrages sur des faits paranormaux. J’étais légèrement sceptique sur ce côté fantastique rattachée aux esprits, aux fantômes, j’étais curieuse de découvrir le parti pris de l’auteur.
Alan Lambin est un chasseur de phénomènes paranormaux, dans le récit, il est interpellé par une famille bourgeoise vivant dans la Somme suite à des faits étranges qui laissent penser que leur maison est hantée. Alan Lambin s’attend à découvrir des causes rationnelles aux témoignages de panique des Anneraux. Ce monsieur est équipé d’appareils étranges afin de décrypter les sons, les images tout en étant vigilant à l’aspect psychologique de la peur de ses clients.

Pourtant c’est la surprise, Alan découvre des choses déconcertantes dans cette maison. Nous entrons dans l’intimité d’une famille durant le Nouvel An tout en s’introduisant par pur hasard dans une histoire vraie en plein cœur de la Première Guerre Mondiale.
L’ambiance est frissonnante à souhait, impossible pour moi de lire ce roman tard le soir, j’étais trop effrayée par les événements paranormaux décrits. L’auteur a dosé savamment les mots et décrit admirablement les émotions des protagonistes pour que nous soyons aussi peu rassurés qu’eux. L’enchâssement d’un autre récit mais historique cette fois-ci est ingénieux et passionnant. Tous les protagonistes dans le passé et le présent sont intéressants, suffisamment travaillés pour prendre du plaisir à les accompagner et éprouver un minimum d’empathie les concernant.

Par contre, j’ai constaté quelques facilités légèrement décevantes notamment pour l’explication de certains faits sans que l’intrigue elle-même n’aide à leurs compréhensions (horloge) et les coïncidences sur certains décès sont légèrement gênantes car un peu trop fréquentes.

Le dénouement est simple mais a su conserver une logique pour les grandes lignes de l’histoire.

En conclusion, j’ai globalement apprécié ce roman car l’auteur a savamment dosé le paranormal en créant un héros attaché à la psychologie et à la recherche de causes rationnelles avant de se laisser submergé par le surnaturel. La liaison à notre passé historique sur la Grande Guerre a été une idée ingénieuse abordant des sujets importants mais encore cachés de nos jours. A conseiller à tous les lecteurs aimant se faire frissonner durant leur lecture.

  • Maison d’édition : Editions Taurnada
  • Nombre de pages : 260 pages
  • 4ème de couverture : Janvier 1985. Tout commence par un message laissé sur le répondeur d’Alan Lambin, enquêteur spécialiste en phénomènes de hantises. Une maison, dans un village de la Somme, semble hantée par un esprit qui effraie la famille qui y vit. En quittant sa chère Bretagne, Alan ignore encore l’enquête bouleversante qui l’attend et les cauchemars qui vont le projeter au cœur des tranchées de 1915. Bloqué par une tempête de neige, sous le regard perçant d’un étrange corbeau, Alan réussira-t-il à libérer cette maison de ce qui la tourmente ?