Méli-mélo d’avis #2


Je crée ce rendez-vous afin de partager mes dernières lectures avec des avis plus courts car je n’ai pas toujours le temps de m’attarder à faire des chroniques pour chacune de mes lectures. Ainsi par ces billets sous cet intitulé, voici mes dernières lectures et impressions.

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Nos premiers jours de Jane Smiley


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  • Maison d’édition: Editions Rivages
  • Nombre de pages: 592 pages
  • 4ème de couverture: Walter Langdon rêve d’avoir sa ferme et d’obtenir son indépendance, loin du regard paternel. Avec sa femme Rosanna, il décide d’acheter une exploitation agricole dans l’Iowa. Sur cette terre, sa famille connaît les grands bouleversements historiques de la première moitié du XXe siècle, de 1920, à l’aube de la dépression, jusqu’en 1953.
  • Y a-t-il une suite?: Oui c’est une trilogie, seul le premier tome est déjà paru aux Editions Rivages.

 

Mon avis:

Nos Premiers Jours est avant tout une saga familiale dont nous savons par la 4ème de couverture que ce roman est le premier tome d’une trilogie intitulée Un Siècle Américain. Je l’ai choisi lors de la Masse Critique organisée par Babelio dans un objectif totalement ludique, celui de découvrir et d’approfondir mes connaissances de cette période de l’Histoire Américaine que je connais très mal. A l’école, j’ai eu surtout des cours assez généralistes sur le contexte politique et économique mais en entrant dans les très grandes lignes de l’Histoire. Jamais, je n’ai eu un cours abordant les mœurs, le quotidien de la population rurale et urbaine américaine entre 1920 et 1940…Ce livre était donc l’occasion d’en savoir un peu plus tout en joignant l’utile à l’agréable avec l’aspect romancé de l’intrigue.

Ce premier tome se démarque dès les premières pages. Déjà, par ses chapitres qui représentent chacun une année. Le premier démarre avec l’année 1920, l’année de naissance de Franck, le fils aîné des Langdon dont nous allons suivre l’histoire familiale. Ces premiers chapitres sont dépaysants avec une alternance de points de vue déjà marquée entre Rosanna et son premier enfant. L’auteur assume totalement ses choix et nous prouve très vite que chaque personnage doit représenter un statut, un sexe, une classe d’âge. Elle pousse le pari à nous emmener dans les pensées et les impressions d’un bébé, par la suite dans l’esprit de certaines femmes de la famille qui cherchent à s’émanciper ou alors qui font face à des deuils, à des dépressions… Rien est tabou avec Jane Smiley, elle nous crée des personnages qui nous permettent d’aborder des étapes de la vie, des situations familiales en toute franchise.

L’intrigue est très simple au premier abord, elle raconte la vie des paysans rythmée par les saisons, les travaux de la ferme, les naissances et les décès, les étapes de la vie (école, collège, lycée, université, mariage…). Pour autant, nous ne restons pas figés sur les activités locales de cette famille, le contexte économique et politique n’est pas oublié par l’auteur, ainsi nous est fait part des crises que traversent ces populations, les guerres (1ère et Seconde guerre Mondiale), les mouvements politiques qui se font et défont…

J’ai apprécié ce roman car il est vivant avec cette narration qui permet de donner la parole à plus d’un personnage. Cela permet d’enrichir le récit avec une diversité sociale, familiale, politique… Ainsi, nous avons le témoignage de la mère de famille du début des années 20 mais aussi celui de la femme au foyer 20 ans plus tard. Chaque statut et position va pouvoir être comparée et illustrée par les années qui passent. Cette vie familiale à la campagne aurait pu se révéler d’un ennui et finalement l’auteur nous démontre qu’en donnant un aspect multigénérationnel à son récit, elle gagne en suspens, en richesses et complexités qui apportent de la matière à de nombreuses réflexions.

Cependant, au fil des pages, j’ai constaté que le récit se resserrait autour de Franck Langdon quitte à mettre de côté la diversité des points de vue acquise auparavant. Une prise de risque qui se voulait certainement dans l’objectif d’un rapprochement du lecteur autour de ce quasi-héros mais ce fut un échec à mon sens. L’intrigue se centre autour de Franck et pourtant, ce protagoniste reste le plus secret d’entre tous dans la famille Langdon. SPOILER Autant, il est le personnage le plus ouvert sur le Monde avec son entrée à l’Université mais aussi son engagement en tant que soldat, autant il est le plus solitaire. Il est celui qui nous offre des expériences relationnelles très limitées et j’aurais aimé retrouver avec ce personnage une illustration de ces tabous évoqués avec d’autres personnages secondaires.

Pour autant, j’ai aimé l’évolution d’un personnage, celui de Joe, le frère de Franck. D’enfant fragile, peu estimé par son entourage, il devient le fils respecté qui suit le chemin tout tracé de son père en devenant à son tour fermier. Il réussit un parcours admirable, illustrant la modernité agricole… Des évolutions sont réussies et tout autant réalistes avec Rosanna même si le résultat n’est pas très positif. De mère de famille et fille de fermier appréciée, respirant la joie de vivre et communicative, elle devient une femme malheureuse, usée par les épreuves, épuisée, angoissée. Son parcours est très dur, j’ai eu mal au cœur en lisant ce destin pour cette femme qui ne le méritait pas. FIN SPOILER

En conclusion, ce premier tome transmet un travail remarquable autour d’une saga familiale riche où l’aspect multigénérationnel est bien maîtrisé. Je reste plus sceptique sur le rôle et l’évolution de certains personnages même si dans l’ensemble, ils sont représentés avec réalisme. Je conseille ce livre à tous les curieux de cette époque historique sur des aspects sociologiques. Je remercie le site Babelio et les Editions Rivages pour m’avoir permis de faire cette lecture.

tous les livres sur Babelio.com

Pour le SPOILER, surligner le passage en blanc avec votre souris pour le lire, si vous le souhaitez. WordPress ne permet pas de spoiler autrement, désolé.

La Rivière du temps de Bee Ridgway


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  • Maison d’édition: Editions Orbit
  • Nombre de pages: 440 pages
  • 4ème de couverture: Un homme en 2013. Une femme en 1815. Et la Guilde, une société secrète dont les membres voyagent dans le temps. Le livre « Vous êtes désormais membre de la Guilde. À jamais. » Voici ce que Lord Nicholas Falcott entend à son réveil dans un lit d’hôpital, quelque part à Londres de nos jours… deux cents ans après avoir été laissé pour mort sur un champ de bataille napoléonien. La Guilde, une entité qui contrôle le voyage dans le temps, lui assure une vie de privilégié dans notre monde actuel. Mais Nicholas n’a pas oublié le passé, surtout une certaine jeune fille aux yeux bruns restée là-bas. Et le jour où la Guilde lui demande de transgresser la règle – ne jamais retourner d’où l’on vient –, au mépris de tous les dangers, et de repartir en 1815 pour retrouver un mystérieux talisman, Nicholas n’hésite pas…

 

Mon avis: 

La Rivière du temps est un livre que j’ai lu dans le cadre du challenge organisé par Sabine alias Magiciennedoz sur Livraddict « Challenge /énigme – Chacun son époque ». Pour ce mois-ci, j’ai choisi un livre classé fantastique. Le synopsis m’a surtout attiré par le concept de voyage dans le temps. J’adore cette thématique, j’ai déjà fait plusieurs lectures à l’instar de Malhorne de Jérôme Camut ou encore Amulettes de Véronique Ajarrag. J’étais curieuse de découvrir comment l’auteur imaginait ses voyages, de quelle manière ils se déroulaient, quels en étaient l’objet et l’utilité. Pour cette fois, pas de réincarnation, juste une histoire de don chez certaines personnes dont notre héros Nick fait partie. L’intrigue nous apprend que ses sauts dans le temps sont surtout des voyages surprises. Dans le cas de Nick, il a voulu éviter d’être tué lors de la guerre d’Espagne en 1812, en esquivant son ennemi il a déclenché son passage dans le temps au XXIème siècle. Heureux hasard, la Guilde l’a introduit parmi ses membres afin de l’aider à s’adapter au mieux dans ce nouveau siècle. Outre l’assistance à ces étrangers d’une autre époque, la Guilde a d’autres activités notamment des recherches menées afin de mieux comprendre ces voyages.

Dans ce cadre, Nick va devenir un initié et remonter dans le temps en 1815, dans son propre siècle. Il va être chargé d’une quête étrange dont il est loin de connaître tous les aboutissants mais aussi de renouer avec sa famille qui le croyait mort en Espagne durant la Guerre… Cela présage des moments anodins, intenses et surprenants. L’auteur imagine des retrouvailles crédibles et le héros essaie de jouer son rôle à merveille entre loupées et tentatives de jouer au mieux son rôle à lui qu’il avait abandonné depuis plusieurs années.

C’est une position très ambiguë pour notre héros qui va développer de nombreuses scènes cocasses. Vivre plusieurs années dans une époque contemporaine de la sienne lui a donné certaines habitudes comportementales et linguistiques inhabituelles dans son siècle d’origine. Son entourage le trouve étrange, cela reste drôle par instant et amène un peu de légèreté dans une intrigue bien plus sombre et froide que l’on aurait pu penser au début du livre.

Concernant la quête mystérieuse, je n’ajouterais rien de plus sur les faits. Par contre, elle ajoute du piquant et du potentiel à ce livre. Il est bien dommage que le récit se finisse si vite car des découvertes sont faites mais en nous laissant sur notre faim. Ce livre nous fait prendre conscience qu’il reste encore beaucoup à apprendre.

En parallèle, j’ai aimé la force que l’auteur donne aux événements londoniens du XIX siècle. La population est au prise avec les prix du blé, le climat est chaud bouillant parmi les plus pauvres et des émeutes commencent à éclater. Peu de choses sont dites sur leurs voisins français, quelques faibles allusions seront faites à Napoléon en lien avec son exil.

Concernant les personnages, j’ai eu une impression mitigée pour notre héros Nick. C’est un homme intelligent, tactique, doté d’une bonne éducation mais encore immature et égoïste envers les femmes, envers sa famille. C’est un homme qui a du mal à prendre ses responsabilités quand il n’y trouve pas d’intérêt, j’espère qu’il va s’arranger un peu grâce à l’influence de son entourage proche. J’ai adoré Julia, la jeune femme que la famille de Nick héberge suite à des mésaventures avec un proche parent instable et malveillant. Elle est douce, fragile avec un destin peu ordinaire. Son côté fleur bleue m’a beaucoup plu tout comme l’aspect « fantastique » de sa personne.

Concernant les autres protagonistes, je n’ai pas eu d’attaches particulières avec certains dans l’immédiat. J’attends un peu plus après la sœur aînée de Nick, une femme forte avec ses idées arrêtées. Et j’ai trouvé que la plupart des méchants jouait bien leur rôle et que l’auteur s’amusait déjà bien avec son lecteur en nous proposant des personnages énigmatiques qui jouent déjà sur plusieurs tableaux.

En conclusion, j’ai fait une très belle découverte. C’est un livre peu connu qui mérite de l’être un peu plus qui mêle suspens, mystère autour du temps avec brio. J’espère qu’une suite paraîtra afin d’étayer de nombreux points et surtout d’éviter de nous laisser avec une fin assez banale dans ce livre qui est loin d’être à la hauteur de cette intrigue complexe.

Lu dans le cadre du challenge /énigme – Chacun son époque – Restauration 1815-1830

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Le Renard a de nouvelles lunettes de G. T. Trollet


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  • Maison d’édition: Editions Odin
  • Nombre de pages : 618 pages
  • 4ème de couverture: André Rosén, un ancien résistant norvégien, part pour Paris, le cœur plein d’espoir. Martin Cohen, jovial sculpteur des Baux-de-Provence, est chamboulé par des faits relatés dans la presse. Alex, un SDF proche du mouvement Les Amis de Jean Valjean, campe au canal Saint-Martin. Une femme est retrouvée dans la Seine. La Franco-Norvégienne Éva Lévy enquête, car des indices pointent vers son pays natal. La journaliste Sarah Blanc la suit de près. L’affaire s’avère complexe et empreinte de réminiscences du passé.Dans ce polar qui flirte avec le roman historique, G.T. TROLLET nous embarque jusqu’au Telemark en Norvège, la Seconde Guerre mondiale et l’héritage transgénerationnel lourd de conséquences.
  • Y-a-t-il une suite? Oui, selon cette source, le second tome devrait paraître prochainement.

Mon avis: 

Je remercie les Editions Odin de m’avoir proposée de lire Le Renard a de nouvelles lunettes de G.T Trollet. Cette lecture a été plaisante pour plusieurs raisons. D’une part, j’ai beaucoup apprécié cette importance qu’a pris le contexte politico-historique autour de la Seconde Guerre Mondiale, entre nazisme et résistance norvégienne. Cela a permis une découverte de ce pan de notre Histoire commune sur un territoire que je connaissais peu. Les illustrations et explications autour de cette Guerre et de la relation avec l’intrigue sont concises, précises. D’autre part, j’ai trouvé magnifique la plume de G.T Trollet. Froide mais qui s’adapte et rend parfois à elle seule l’ambiance dans les moments les plus douloureux de l’enquête. La couverture de l’ouvrage quant à elle souligne le travail et le mystère derrière ce vieillard et son ombre devant le décor parisien.

Le Renard a de nouvelles lunettes est un thriller jouant fortement sur des notes historiques. Il raconte l’enquête menée par Eva Lévy et son acolyte Grégoire à Paris pour trouver le ou les meurtriers d’une quinquagénaire blonde retrouvée dans la Seine. Plusieurs pistes s’engagent liées à une origine potentiellement norvégienne, les témoignages du voisinage qui auraient vu un couple, un homme seul… se promenant aux abords du lieu du crime cette nuit-là. Pourtant malgré ces multiples indices, les investigations trainent en longueur car l’auteur prend le temps de nous introduire dans la vie d’Eva avec ces projets personnels et familiaux, sa relation fusionnelle avec Samuel…

Et puis G. T. Trollet, en parallèle, nous permet de suivre 3 autres personnages : Sarah, une journaliste de Libération qui se rapproche de l’enquêtrice et finira par l’accompagner en Norvège, André Rosén, un ancien résistant norvégien qui fait un séjour à Paris, très nostalgique du passé ce qui nous permet de découvrir la résistance Norvégienne durant la Guerre 39-45 … et enfin Martin, un sculpteur d’art qui vit dans les Baux-de-Provence.

Il est difficile de comprendre pourquoi nous devons suivre tous ces protagonistes surtout quand l’enquête peine à avancer. Heureusement, cela ne s’éternise pas trop. Tout se décante et commence à prendre un sens quand Eva et Sarah partent en Norvège. Pour l’enquête, tout laisse à penser que les réponses se trouvent sur le potentiel lieu d’origine de la victime.

Ce roman, en plus d’un début un peu brouillon où les objectifs ne sont pas encore bien définis, peut se faire reprocher certaines facilités comme le départ d’Eva en Norvège et la poursuite de l’enquête là-bas. Je suis surprise de la rapidité et des possibilités qu’offrent les autorités sur place pour qu’Eva puisse enquêter. Je reste aussi sceptique sur l’histoire de Sarah qui se raccroche de manière surprenante à l’intrigue principale.

Malgré tout, ce livre reste intéressant pour son ancrage dans le passé qui permet de plus de prendre de l’avance sur la compréhension des révélations de l’enquête. Le travail de l’auteur, le sens profond et parfois caché qu’elle a souhaité donner à son histoire sont très intéressants. Entre renouveau, naissances, génération, l’accent sur la famille et l’espoir sont clairement mis en avant. C’est un beau message que rend ce récit qui prend sa source dans un passé douloureux et tragique au travers de la Seconde Guerre Mondiale mais où les concernés souhaitent avancer même si la vie est loin d’être un long fleuve tranquille.

En conclusion, c’est une lecture qui se conseille. Il y a quelques défauts qui existent, je ne peux le nier mais qui ne prennent pas le dessus sur la qualité de l’écriture, du récit. Je suis curieuse de lire la suite puisque l’auteur astucieuse a choisi de finir vite et par conséquent de faire comprendre que l’avenir des protagonistes se révélera dans un tome prochain.

Lu dans le cadre du challenge A&M Le Tour du Monde des livres

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