Les ombres d’Esver de Katia Lanero Zamora


Les Ombres d’Esver est le dernier roman fantastique de Katia Lanero Zamora paru aux Editions ActuSF. C’est une première découverte de l’auteure et une de mes rares lectures fantastiques de l’année. L’ambiance « historique » précisée dans le synopsis a été l’une des raisons du choix de cette lecture et je n’ai aucun regret d’avoir sauté le pas.

Les Ombres d’Esver est un roman étonnant aux accents oniriques dès les premières pages. Forcément, l’héroïne Amaryllis apparaît comme une jeune fille aux nuits agitées, encombrées de cauchemars. La nuit dans cette histoire prend déjà toute son importance, c’est le moment de la journée qui semble clé, attendu et redouté à la fois. D’un regard extérieur, ces rêves quoique bien décrits sont étranges. Pourquoi Amaryllis vit-elle des moments pareils chaque fois que le sommeil l’emporte ? Pourquoi a-t-elle besoin de ce fameux élixir ? A la découverte du quotidien de ces deux recluses au fin fond d’un manoir Amaryllis et sa mère Gersande intriguent déjà leurs lecteurs avec leurs activités orientées autour de la botanique, le comportement de la jeune fille de 16 ans… Mais que se passe-t-il donc dans cette maison ? Et pour combien de temps encore cela va-t-il durer ? Amaryllis va-t-elle entrer à l’école de botanique ou finir mariée ?

Vous ne serez pas au bout de vos peines si vous tenez cet ouvrage entre vos mains. Le récit peut paraître très embrouillé lors des premiers chapitres, à l’image de ces rêves indescriptibles, de la mémoire défaillante de l’héroïne sur son enfance. Mais ne prenez pas peur, prenez votre courage à deux mains et tournez les pages! Partez au cœur des aventures d’Amaryllis en sa compagnie ! Le rythme avec un peu de patience vous prendra rapidement d’assaut, de découvertes en découvertes tout finira par être compris. L’intrigue est stupéfiante, poignante car le lecteur découvre en même temps que notre jeune héroïne re-découvre certains pans de sa vie mais aussi ceux de sa mère. Rien est facilement acquis, les personnages sont assez froids du moins au début notamment Gersande – qui je ne le cacherais pas m’a hérissé à plus d’une reprise avec le comportement qu’elle a à l’égard de sa fille- mais il y en a d’autres… Finalement, ce roman en deviendrait presque sombre avec ces différents mystères familiaux dans une ambiance assez désolée.

Les sentiments, les émotions face à tant de froideur se développent et s’épanouissent de plus en plus au fil des pages. J’ai eu la gorge nouée à plus d’une reprise tout en étant surprise par l’ampleur de cette intrigue, les proportions prises par cette histoire. Effarant serait le mot !!!

L’enfance, le merveilleux sont des thèmes récurrents et formidablement agencés. Les personnages sont suffisamment étayés même si les caractères et personnalités peuvent être particulières, froides, éteintes. Heureusement Amaryllis à l’aube de sa vie, s’éveille un petit peu, se rebelle aussi et apporte de jolis accents de révolution dans ce manoir déserté. Gersande quant à elle reste prostrée énormément sur elle et il est presque dommage de découvrir à la toute fin les raisons. Certains personnages se font échos entre rêve et réalité, j’ai eu des coups de coeur pour ces parallèles.

Les Ombres d’Esver est un ouvrage poignant sur une mystérieuse histoire de famille qui a pris une ampleur folle au fil des années dans un univers sombre, un peu gothique. A mi-chemin entre le conte onirique et une histoire de vie plus « réaliste » que nature. Riche en émotions, il est impossible de rester impassible même s’il est possible que l’immersion au cœur de ses pages ne soit pas évidente dans un premier temps. Il faudra prendre le temps de démêler ce beau fouilli d’évènements, d’actions, de descriptions mais une fois l’écheveau démêlée, la magie se crée…

  • Maison d’édition : Editions ActuSF
  • Nombre de pages : 261 pages
  • 4ème de couverture : Tous les espoirs d’avenir comme botaniste d’Amaryllis, 16 ans, s’effondrent quand parvient au manoir, où elle vit seule avec sa mère, la lettre de son père annonçant la vente du domaine d’Esver et le mariage qu’il a engagé entre sa fille et un de ses associés.
Publicités

Mauvais genre d’Isabelle Villain


mauvais-genre

Mauvais Genre d’Isabelle Villain est le dernier thriller que j’ai eu l’occasion de découvrir récemment. C’est aussi ma première lecture d’un roman d’Isabelle Villain qui n’est pas à son premier coup d’essai puisqu’elle a déjà écrit Peine Capitale, ouvrage pour lequel, elle avait obtenu le prix Maurice Bouvier en 2015 ou encore Âmes battues qui avait aussi été primé en 2016 à l’occasion du Festival Jeter l’encre. Avec cette entrée en matière, dont je n’avais pas forcément connaissance avant le début de ma lecture, vous savez où vous mettez les pieds, vous ne tenez pas n’importe quel thriller entre vos mains. Pour être honnête, Mauvais Genre est un des rares thriller que j’ai réussi à dévorer en quelques heures – moins d’une journée si on compte les quelques interruptions que j’ai dû octroyées non sans mal – un record durant ces derniers mois !

Hugo, jeune collégien, est le témoin d’une scène de violence entre ses deux parents. Point de départ d’une intrigue assez sombre, angoissant mais aussi étrange. Le chapitre suivant se déroule une vingtaine d’années plus tard, le lecteur fera la connaissance de Rebecca de Lost, commandante au sein de la Police et de son équipe puis rencontre avec un autre personnage nommé Angélique, jeune femme kinésithérapeute rencontrant quelques difficultés au sein de son couple.

Vous l’avez compris, nous sommes dans un ouvrage où le lecteur se fait balader d’une scène à une autre et forcément la question habituelle : mais quel est le lien ?

La suite pour la compréhension de l’intrigue est amenée finement. Pas à pas, avec un maximum de suspens et de fluidité, Isabelle Villain dévoile chaque détail, chaque subtilité, chaque facette de ses protagonistes. L’ambiance s’assombrit au fil des pages, devient oppressante pour les protagonistes comme pour le lecteur qui peut s’attacher très vite à chacun. La psychologie tout comme la violence sont modulées ensemble dans le récit ce qui renforce la crédibilité et la réalité des réactions, des choix, des découvertes.

Les personnages sont travaillés avec soin. Ainsi le lecteur découvre Rebecca de Lost, une femme forte mais avec ses faiblesses côté cœur, veuve dans une situation amoureuse compliquée, à l’aube de la cinquantaine mais aussi Angélique, une jeune femme active, ayant très bien réussie professionnellement mais pour elle aussi, les histoires d’amour sont chaotiques, Tom, un autre flic, proche de Rebecca mais avec une situation familiale qu’il tait beaucoup mais qui n’est pas reluisante. Le livre est court mais Isabelle Villain prend le temps de créer ses personnages.

Je ressors malgré tout légèrement désappointée de ne pas avoir toujours eu mon compte de détails sur certains aspects du récit, notamment concernant la fin qui est vite amorcée et où je n’ai pas eu l’impression avec la rapidité de l’action de prendre toute la mesure des aspects plus psychologiques et des quelques grains de précisions auxquels nous avaient habitués Isabelle Villain durant de nombreuses pages.

En conclusion, j’ai découvert un page-turner oppressant avec Mauvais Genre, réaliste sur des thématiques comme la question de genre très bien amenée et utilisée pour enrichir l’enquête. Un thriller que je conseille si vous recherchez la compagnie de personnages que vous apprenez à connaître tout au long d’une intrigue. Et puis surtout, une auteur à suivre si vous êtes amateur de thriller.

  • Maison d’édition : Editions Taurnada
  • Nombre de pages : 247 pages
  • 4ème de couverture : Hugo Nicollini est un garçon différent des autres gamins de son âge. Un père brutal. Une maman protectrice. Un soir, il est témoin d’une dispute entre ses parents. Une de plus. Une de trop. Cette fois-ci, sa mère succombera sous la violence des coups.
    Vingt-trois ans plus tard, l’équipe du commandant Rebecca de Lost enquête sur la mort d’une jeune femme, sauvagement poignardée dans son appartement. Pas d’effraction. Pas de vol. Pas de traces de défense. L’entourage de la victime est passé au crible, et l’histoire du petit Hugo va refaire surface bien malgré lui.

Blue Mauritius d’Emmanuel Richon


Blue Mauritius

Blue Mauritius d’Emmanuel Richon est un ouvrage original autour des timbres dont l’auteur a fait le pari fou d’en faire un roman. Le synopsis m’a fortement inspiré dans le choix de cette lecture et en même temps c’était l’occasion de découvrir un nouvel univers celui de la philatélie et son histoire.

Ce roman a la particularité d’être rédigé chronologiquement, chaque chapitre correspond à une année mais aussi d’avoir un narrateur Friedrich Kosack, héros de bout en bout du récit qui va tenir longuement la plume durant des décennies pour nous parler de sa vie mais surtout des timbres. Ces marqueurs temporel et physique permettent aux lecteurs de se rappeler à chaque page tournée qu’ils sont bien dans un roman et non dans un précis sur ces fameux petits bouts de papier. Oui oui, suivant les passages, le doute pourrait être permis vu le degré de précisions sur l’Histoire des timbres, leur univers, les aspects techniques…Mais ce fil rouge du roman nous tient en haleine et nous rappelle que les timbres voudraient devenir un personnage à part entière mais ne le sont pas tout à fait malgré tout.

Ainsi, le lecteur découvre la vie de Friedrich Kosack, héros encore très jeune au début de l’ouvrage, encore dans l’ignorance de certaines de ses origines, proche de ses deux parents dont il a une passion commune et dévorante avec son père et leurs amis proches : la philatélie. Son père travaille au sein d’un musée du timbre, c’est l’occasion de découvrir le Blue Mauritius et autres timbres mauriciens. C’est précisément autour des pérégrinations du Blue Mauritius en parallèle de celle de Friedrich que le récit se déroule. Une manière de redécouvrir l’Histoire notamment avec la Seconde Guerre Mondiale, de faire connaissance avec une famille et les leçons de vie qui peuvent en ressortir avec les bouleversements qu’a connus le siècle dernier…

A la frontière entre roman de vie, roman historique, beau livre, il est parfois facile de s’y perdre voire de se demander dans quel genre devons-nous classer cet ouvrage ? Parfois, ce doute sur ce que le lecteur en attendrait pourrait lui faire défaut. Ainsi, je n’attendais pas des passages très précis et aussi longs sur les timbres, à la limite de l’oubli du propos initial et de l’indication « roman » sur la couverture. Honnêtement, quelques pages ou quelques lignes m’ont parue lourdes, des citations sans fin de noms propres, de lieux m’ont parfois fait sauter quelques lignes car je n’y voyais pas un grand intérêt pour la compréhension de l’intrigue. Le rythme peut paraître par instant décousu avec cette profusion de détails. En tant que lectrice, cet apport prolifique de l’auteur qui semble vénérer son sujet m’a semblé entacher la connaissance avec Friedrich. Durant une bonne partie de l’ouvrage, il reste surtout un personnage narrant sa passion autour des timbres en oubliant le reste. On le connait très peu mais heureusement il y a eu ce sursaut avec la Seconde Guerre Mondiale qui a changé le quotidien de notre protagoniste et nous a enfin permis de densifier le récit.

En conclusion, j’ai apprécié ma lecture même si je l’aurais préféré avec un peu moins de lourdeur mais peut-être est-ce l’habitude pour l’auteur de rédiger des essais. Néanmoins, Emmanuel Richon a su se rattraper en agrémentant son récit de faits historiques qui ont su en faire un roman plus dépaysant et intriguant.

 

  • Maison d’édition : Editions Sépia
  • Nombre de pages : 206 pages 
  • 4ème de couverture : Entièrement construit autour des timbres, ce roman transmet une passion pour ceux-ci et un univers particulier, celui des collectionneurs. Mais cette ambiance d’apparence si paisible devient vite le prétexte narratif à la description ni plus ni moins que de toute l’histoire de l’Allemagne du XXe siècle. Le pari semble insensé, mais ô combien audacieux, de pouvoir faire tenir toute l’histoire d’un pays dans une surface aussi petite qu’à peine 1 cm2.

Les prières de sang de Jean-Marc Dhainaut


Les prières de sang de Jean-Marc Dhainaut

Les Prières de Sang est le dernier roman paru cet été de Jean-Marc Dhainaut, auteur que j’avais découvert avec La Maison bleu horizon relatant une première enquête du héros récurrent de ces deux ouvrages, Alan Lambin. J’avais passé un bon moment avec cette première lecture, c’est tout naturellement que j’ai lu entretemps la nouvelle intitulée, Alan Lambin et le fantôme au crayon, un texte encore très bien écrit. Forcément, j’ai sauté le pas pour découvrir cette nouvelle enquête d’Alan Lambin.

Toujours sous fond d’une intrigue paranormale à consonnance historique, Alan Lambin, accompagné cette fois-ci de son assistante viennent en aide à une future maman qui vit des choses étranges au cœur de sa maison. Ce duo, pleins de ressources, va multiplier les recherches, s’acharner à trouver une solution à ce mystère bien étrange qui semble trouver ses sources une fois encore dans le passé. Cela fait écho au premier livre même si cette fois-ci, l’époque choisie par l’auteur n’est plus celle de la Première Guerre Mondiale mais le Moyen-Age. Jean-Marc Dhainaut se renouvelle ainsi en agençant différemment son intrigue même s’il conserve son style bien à lui qui se laisse apprécier. Ainsi, le lecteur découvre un nouveau protagoniste important, Mina, l’assistante dont le nom avait été évoqué déjà plusieurs fois par le passé mais dont nous n’avions pas fait véritablement la connaissance. Cette présence féminine est dépaysante, apporte un peu de la fraîcheur au récit avec une vraie synergie avec ce duo Mina/Alan qui se complète très bien.

Les Prières de Sang est une lecture agréable, enrichissante car l’auteur apporte une foule de connaissances qu’il développe allègrement tout au long de l’intrigue notamment avec le contexte historique.

Cependant, ayant déjà lu plusieurs ouvrages, j’avais fini par apprécier de frissonner réellement par ces faits inexplicables dont à chaque fois Alan s’attache à chercher les causes rationnelles avant toute chose. Pour cette fois, le paranormal est apparu avec des faits beaucoup plus violents, en soit cela m’a déjà moins attirée mais qui plus est Alan a été très retors à plus d’une reprise pour comprendre qu’il n’y avait aucune rationalité dedans. Cela m’a paru à plus d’une reprise peu crédible même si la présence de Mina salvatrice a bien aidé pour ouvrir les yeux de notre héros. En ce sens, les sensations n’ont pas été les mêmes que dans le premier opus où je peux le dire, j’avais vraiment eu peur. Ici, je me suis sentie bridée par ce héros qui se bat pour trouver d’autres causes pour se raisonner.

En conclusion, j’aime toujours autant l’agencement des romans de Jean-Marc Dhainaut avec un contexte historique en fond d’intrigue, un lieu différent, les enquêtes paranormales même si pour cette fois, j’ai été moins prise par les sensations qu’auraient pu me faire vivre ce roman. Beaucoup plus ancré sur la violence, moins sur la psychologie, il n’a pas su me convaincre autant que La maison bleu horizon. Si j’ai apprécié ma lecture cette fois-ci, cela restera essentiellement pour tout le travail de recherches de l’auteur notamment sur la période historique ciblée et le personnage de Mina qui ont su renouveler plus que largement cette nouvelle enquête.

Merci aux Editions Taurnada, pour leur confiance une fois de plus.

  • Maison d’édition : Editions Taurnada
  • Nombre de pages : 218 pages
  • 4ème de couverture : Alan Lambin, spécialiste en paranormal, est appelé à enquêter dans un vieux monastère ayant accueilli autrefois quatre templiers en fuite. Depuis, ses murs semblent dissimuler un lourd secret solidement gardé par des âmes hostiles. Les parchemins ne mentent pas, ni ces cris que chacun peut entendre la nuit dans les sombres couloirs du monastère. Et dire que tout a commencé parce qu’une étudiante a acheté un jour une armoire ayant appartenu aux moines. Une armoire qui n’avait pas perdu la mémoire…